Vous faites le tour de votre entreprise avec un superviseur. Dans l’entrepôt, vous remarquez que des chariots élévateurs circulent à proximité des piétons. Un peu plus loin, un employé vous parle d’un problème récurrent de manutention. Au bureau, une gestionnaire mentionne que son équipe connaît une période de surcharge de travail.
Vous avez déjà identifié plusieurs risques. Mais maintenant, qu’est-ce que vous faites avec ces informations?
C’est souvent là que les choses se compliquent.
Les observations sont notées dans différents documents, certaines se retrouvent dans un compte rendu de réunion et d’autres restent simplement dans la tête des gestionnaires.
Quelques mois plus tard, lorsqu’il faut faire le point sur la prévention, il devient difficile de savoir quels risques ont été évalués et quelles mesures ont réellement été mises en place.
Au Québec, les employeurs doivent identifier et documenter les risques présents dans leur milieu de travail, qu’ils soient assujettis à un programme de prévention ou à un plan d’action. L’analyse et la priorisation des risques doivent ensuite être adaptées aux obligations applicables à l’établissement.
Heureusement, cette démarche n’a pas besoin d’être compliquée. L’objectif est surtout de conserver une trace claire des risques, de leur emplacement, des actions prévues et des suivis réalisés.
Voici comment s’y prendre.
Que demande exactement la CNESST?
La CNESST explique que l’identification des risques consiste à repérer les dangers et les facteurs de risque susceptibles de causer un accident du travail ou une maladie professionnelle, puis à déterminer où ils se trouvent.
La documentation doit être adaptée aux activités de l’établissement.
Que l’établissement soit assujetti à un programme de prévention ou à un plan d’action, il doit identifier les risques présents dans son milieu de travail. L’analyse permet ensuite d’en apprécier l’importance et de guider les mesures de prévention. La priorisation formelle des risques fait notamment partie des exigences applicables au programme de prévention.
Dans le cadre d’un plan d’action, les risques identifiés doivent également mener à des mesures concrètes de prévention et à des suivis adaptés.
Il faut donc distinguer l’identification des risques, l’analyse de leur importance et les mesures prises pour les corriger.
Ce sont des étapes liées, mais elles ne répondent pas exactement à la même question.
- Identifier : quel est le danger et où se trouve-t-il?
- Analyser : quelle pourrait être la gravité des conséquences et à quelle fréquence les travailleurs sont-ils exposés au danger?
- Corriger : quelles mesures permettront d’éliminer ou de maîtriser le risque?
- Contrôler : comment vérifier que les mesures restent efficaces?
La CNESST présente ces étapes dans sa démarche officielle de prévention.
Par où commencer lorsqu’on n’a jamais fait d’identification des risques?
Je commencerais par quelque chose de très simple : dresser la liste des activités réellement effectuées dans l’entreprise.
Pas seulement les départements inscrits dans l’organigramme, mais les tâches quotidiennes.
Dans un entrepôt, par exemple, il faut regarder les activités de réception, d’entreposage, de préparation des commandes, de circulation des équipements et de chargement.
Dans une entreprise manufacturière, on voudra examiner les machines, leur entretien, les interventions de nettoyage, la manipulation des matières premières et les changements de production.
Et dans une entreprise de services, on pourra analyser les postes de travail, les déplacements, les interactions avec la clientèle et les facteurs organisationnels qui peuvent affecter la santé psychologique.
Une fois ces activités recensées, il devient beaucoup plus facile d’identifier les situations où les travailleurs pourraient subir une blessure ou développer un problème de santé.
Cette étape permet aussi d’éviter de travailler uniquement à partir d’une liste générique qui ne correspond pas nécessairement à la réalité de l’entreprise.
Comment recueillir les informations sur les risques?
Il n’existe pas une seule façon de procéder.
Une visite des lieux permet de repérer plusieurs dangers, mais elle ne révèle pas tout.
Certains problèmes surviennent seulement pendant un quart de soir, lors d’un entretien particulier ou lorsqu’une machine fonctionne dans des conditions inhabituelles.
C’est pourquoi l’identification des risques gagne à être réalisée avec les personnes qui connaissent les tâches.
Les superviseurs peuvent expliquer l’organisation des opérations. Les travailleurs peuvent décrire les difficultés qu’ils rencontrent et les situations qui ne sont pas toujours visibles lors d’une inspection.
Les rapports d’accident, les quasi-accidents, les registres d’inspection et les observations déjà recueillies peuvent également apporter de l’information.
Il faut aussi tenir compte des risques qui ne sont pas directement visibles, comme certaines expositions à des contaminants, au bruit ou à des facteurs psychosociaux.
L’important est de recueillir suffisamment d’information pour comprendre dans quelles circonstances le risque se présente et qui peut y être exposé.
Quelles informations inscrire dans un registre des risques SST?
Un bon registre n’a pas besoin de contenir des dizaines de colonnes.
Il doit surtout permettre à une autre personne de comprendre ce qui a été observé, pourquoi cela représente un risque et quelles actions sont prévues.
Voici un exemple fictif de registre simplifié.

Ce tableau donne un point de départ. Dans un registre complet, on ajoutera généralement la date de l’observation, les personnes ou fonctions exposées, les résultats de l’analyse lorsque requise, les mesures de contrôle, les échéances et les suivis.
Par exemple, inscrire « risque lié aux chariots élévateurs » est trop vague.
Il est beaucoup plus utile de préciser que les piétons doivent traverser une voie utilisée par les chariots pour rejoindre une zone de préparation des commandes.
Cette précision permet de comprendre le problème et de déterminer une mesure adaptée.
Comment évaluer la gravité et la fréquence d’exposition à un risque?
Une fois les risques identifiés, leur analyse aide à déterminer les mesures de prévention appropriées. Cette étape est particulièrement importante pour établir les priorités dans un programme de prévention.
Pour apprécier un risque en SST, on peut notamment examiner la gravité des dommages possibles et la fréquence d’exposition des travailleurs au danger. Selon la méthode d’analyse retenue, d’autres facteurs, comme la probabilité qu’un événement survienne, peuvent aussi être considérés.CNESST précise que l’analyse repose notamment sur la gravité possible du dommage et sur sa probabilité d’occurrence
Prenons deux situations.
Dans la première, un employé doit déplacer occasionnellement une boîte légère dans un espace bien aménagé.
Dans la deuxième, un technicien doit intervenir à proximité d’une composante mécanique en mouvement susceptible de provoquer une blessure grave.
Les deux tâches peuvent présenter des risques, mais elles ne seront pas nécessairement traitées avec la même urgence.
L’analyse aide justement à établir les priorités.
Plusieurs entreprises utilisent une grille de cotation pour comparer les risques de façon cohérente.
La méthode doit toutefois être adaptée au milieu de travail.
Il faut aussi garder en tête que certains dangers graves exigent des mesures immédiates, indépendamment du classement qu’on pourrait leur attribuer dans une grille interne.
Une cote de risque n’est pas une permission de laisser une situation dangereuse sans correction.
Faut-il aussi documenter les risques psychosociaux?
Oui.
Depuis la modernisation du régime de prévention en santé et sécurité du travail, les risques psychosociaux font explicitement partie des risques à considérer.
On parle notamment de facteurs associés à une surcharge de travail, à un manque de soutien, à certaines situations de violence ou de harcèlement et à d’autres aspects de l’organisation du travail.
Mais les documenter demande parfois une approche différente de celle utilisée pour les risques physiques.
On ne peut pas toujours observer un risque psychosocial en faisant simplement le tour des installations.
Il faut souvent recueillir de l’information auprès des travailleurs et des gestionnaires, examiner les conditions de travail et identifier les situations récurrentes.
Par exemple, plusieurs employés peuvent mentionner une charge de travail difficile à maintenir pendant certaines périodes de l’année.
Le registre devrait alors décrire le facteur de risque organisationnel et les groupes de travail concernés, plutôt que de consigner inutilement des renseignements personnels ou médicaux.
La confidentialité est particulièrement importante dans cette démarche.
Pour aller plus loin, consultez notre article sur la prévention des risques psychosociaux et le rôle des gestionnaires.
Est-ce qu’Excel suffit pour documenter l’identification des risques?
Oui, un fichier Excel ou un autre document électronique peut convenir.
La CNESST ne demande pas à toutes les entreprises d’utiliser un logiciel spécialisé pour documenter leurs risques.
L’important est de choisir une méthode qui permet d’enregistrer l’information, de la retrouver et de la mettre à jour.
Pour une PME qui possède un seul établissement, un registre bien structuré peut être tout à fait approprié.
Si plusieurs gestionnaires interviennent dans la démarche, il faut toutefois éviter que chacun conserve sa propre version.
Une seule version à jour devrait être accessible aux personnes concernées, avec des responsabilités claires pour les modifications.
Et si votre entreprise préfère utiliser un modèle existant, la CNESST met à disposition un outil gratuit d’identification et d’analyse des risques.
Cet outil est facultatif, mais il peut faciliter la démarche en proposant une structure pour consigner les observations et les mesures prévues.
Qui devrait participer à l’identification des risques?
Il serait tentant de confier l’ensemble du travail à une seule personne responsable de la SST.
Mais cette personne ne connaît pas nécessairement les particularités de toutes les tâches.
Un gestionnaire peut bien maîtriser les procédures officielles, tandis qu’un travailleur expérimenté connaît les situations qui surviennent réellement lorsque la production est sous pression.
Les deux perspectives sont utiles.
La CNESST prévoit d’ailleurs la participation des travailleurs et de leurs représentants aux démarches de prévention, selon les mécanismes applicables à l’établissement.
Dans une entreprise qui possède un comité SST, les constats et les suivis peuvent notamment faire partie de ses travaux.
Il faut toutefois éviter de réduire la participation à une simple signature au bas d’un document.
L’objectif est d’obtenir une compréhension fidèle de la réalité du terrain et de faire ressortir les mesures qui auront un effet concret.
À quelle fréquence faut-il mettre à jour le registre des risques?
Une identification des risques réalisée il y a trois ans ne reflète pas nécessairement la situation actuelle de votre établissement.
Les équipements changent. Les équipes grandissent. De nouvelles méthodes de travail apparaissent.
La CNESST recommande de reprendre la démarche régulièrement, notamment au minimum une fois par année, et lorsqu’un changement peut modifier les risques d’un poste de travail.
La mise à jour annuelle du programme de prévention ou du plan d’action constitue également une obligation pour les établissements qui y sont assujettis.
Mais dans les faits, il vaut mieux ne pas attendre la révision annuelle lorsqu’un nouveau danger apparaît.
Par exemple, si une entreprise installe une nouvelle machine, réorganise son entrepôt ou modifie les tâches d’une équipe, les risques concernés devraient être réévalués au moment du changement.
Même principe après un accident, un quasi-accident ou une observation qui révèle une lacune importante.
Un registre doit représenter la situation actuelle, pas simplement conserver la trace d’une analyse faite dans le passé.
Quelles erreurs rendent un registre SST peu utile?
La première consiste à inscrire des descriptions trop générales.
« Risque de chute », « risque chimique » ou « stress au travail » ne permettent pas toujours de savoir ce qui doit être corrigé.
Il faut décrire les circonstances et les personnes potentiellement exposées.
Une autre erreur consiste à identifier un risque sans prévoir de suivi.
Par exemple, un registre indique depuis deux ans qu’une voie de circulation doit être réaménagée, mais aucune personne n’est responsable du dossier et aucune date n’a été fixée.
Le problème est connu, mais rien ne permet de confirmer qu’il est pris en charge.
Enfin, certaines entreprises documentent uniquement les risques physiques les plus visibles et passent à côté des expositions moins apparentes, notamment les contaminants ou les facteurs psychosociaux.
Un registre utile doit couvrir les risques pertinents du milieu, et non seulement ceux qui sont les plus faciles à observer.
Comment savoir si votre démarche est suffisamment complète?
Prenez une activité courante de votre entreprise et tentez de répondre à quelques questions.
Quels risques ont été identifiés? Où se trouvent-ils? Qui peut y être exposé? Comment leur importance a-t-elle été déterminée lorsque l’analyse est requise? Quelles mesures ont été mises en place? Qui vérifie leur efficacité?
Si vous êtes capable de retrouver ces informations, votre démarche commence à devenir réellement exploitable.
Si les réponses sont dispersées entre plusieurs documents ou si certaines mesures ne sont plus à jour, il y a probablement du travail à faire.
L’objectif n’est pas de produire le registre le plus volumineux possible.
C’est d’avoir un outil qui permet de prendre de meilleures décisions et de suivre les actions nécessaires.
Vous ne savez pas si votre identification des risques est complète?
Dans certaines entreprises, l’identification des risques a été réalisée au fil du temps, sans méthode uniforme.
Dans d’autres, le travail doit être commencé ou repris à la suite de changements dans les installations.
Si vous avez de la difficulté à déterminer ce qui manque, un regard externe peut vous aider.
Le questionnaire gratuit d’auto-évaluation SST de Santinel permet d’obtenir une première appréciation de votre situation et des éléments qui pourraient nécessiter votre attention.
Pour une analyse plus approfondie, nos services d’évaluation et d’audit SST peuvent aider votre organisation à identifier les principaux écarts et à établir les prochaines priorités.
Parce qu’au fond, documenter les risques ne devrait pas être une tâche purement administrative.
C’est une façon de s’assurer que les dangers connus ne sont pas oubliés et que les actions nécessaires se rendent jusqu’au terrain.
Votre entreprise souhaite mieux structurer l’identification et l’analyse de ses risques? Découvrez les services-conseils SST de Santinel. Notre équipe peut vous accompagner pour transformer vos observations en mesures de prévention concrètes.