Il y a parfois des postes dont tout le monde connaît la réputation.
« C’est le poste le plus dur sur la ligne. »
« Après deux heures là, j’ai mal à l’épaule. »
« Les nouveaux ne veulent jamais rester à ce poste. »
On finit presque par considérer ça comme normal.
Pourtant, lorsqu’une tâche provoque régulièrement des douleurs, de la fatigue ou des plaintes chez les personnes qui l’effectuent, il vaut la peine de se poser une question : est-ce vraiment le travailleur qui doit s’adapter au poste, ou le poste qui devrait être revu?
C’est exactement le rôle de l’ergonomie.
Dans les milieux industriels, les risques ergonomiques peuvent être liés aux gestes répétitifs, à la manutention, aux efforts importants, aux postures contraignantes ou encore à l’organisation du travail.
À la longue, ces contraintes peuvent contribuer à l’apparition de troubles musculosquelettiques, ou TMS.
Et les problèmes ne se manifestent pas toujours par un accident soudain. Bien souvent, les premiers indices apparaissent beaucoup plus tôt.
Voici sept signes à surveiller.
- Plusieurs employés se plaignent de douleurs au même poste
Un employé qui a mal au dos ne signifie pas automatiquement qu’un poste est mal conçu.
Mais si trois, quatre ou cinq personnes qui effectuent la même tâche se plaignent toutes du dos, de l’épaule ou du poignet, ce n’est plus tout à fait la même chose.
Le travail lui-même devient une piste à examiner.
Regardez notamment :
- les mouvements effectués;
- leur fréquence;
- la force nécessaire;
- la hauteur de travail;
- la position des bras;
- les torsions;
- la distance pour atteindre les outils ou les pièces;
- la possibilité de récupérer entre les efforts.
Le commentaire des employés est souvent l’un des meilleurs points de départ d’une analyse ergonomique.
Ce sont eux qui effectuent le travail tous les jours.
- Un poste est difficile à pourvoir… ou personne ne veut y rester
Certaines difficultés de rétention ne sont pas uniquement des enjeux de ressources humaines.
Elles peuvent aussi être un enjeu d’ergonomie.
Si un poste est connu comme étant particulièrement exigeant, si les employés demandent fréquemment d’en changer ou si les nouveaux travailleurs y restent peu longtemps, il peut être pertinent d’observer les contraintes physiques associées au travail.
Est-ce que la cadence est très élevée?
Faut-il constamment soulever ou déplacer du matériel?
Est-ce qu’une même partie du corps est sollicitée pendant presque tout le quart de travail?
La question mérite d’être posée.
Rendre un poste moins exigeant physiquement peut contribuer à réduire le risque de blessure, mais aussi à rendre le travail plus soutenable à long terme.
- Le même mouvement est répété encore et encore
Les gestes répétitifs sont fréquents en milieu industriel.
Prendre une pièce. La tourner. L’installer. Visser. Relâcher.
Puis recommencer.
Ce n’est pas nécessairement le mouvement lui-même qui est problématique. Ça peut-être la fréquence, sa durée, l’effort demandé et le temps de récupération disponible qui font la différence.
Plusieurs pistes peuvent être envisagées selon la tâche :
- modifier la disposition des pièces;
- changer un outil;
- automatiser une partie du processus;
- réduire l’effort requis;
- varier les tâches;
- intégrer une rotation des postes.
Une formation sur la prévention des TMS peut aider les gestionnaires et les travailleurs à mieux reconnaître ces facteurs de risque avant qu’ils ne deviennent un problème.
- La rotation des postes existe, mais les employés sollicitent toujours les mêmes muscles
Prenons un exemple.
Un travailleur passe deux heures à un poste qui demande beaucoup d’efforts aux épaules.
Il change ensuite de poste… pour effectuer une autre tâche qui sollicite encore beaucoup les épaules.
Techniquement, il y a eu rotation.
Physiquement, il y a eu très peu de récupération.
Une rotation de postes efficace doit permettre une réelle variation des contraintes : groupes musculaires utilisés, posture, force, répétition et rythme de travail.
C’est un détail important qui peut facilement être oublié lorsqu’un horaire de rotation est créé uniquement en fonction des opérations.
- Les travailleurs doivent adopter des postures contraignantes
Regardez simplement le travail pendant quelques minutes.
Un employé doit-il tendre le bras chaque fois qu’il prend une pièce?
Doit-il travailler avec le dos penché?
Lever continuellement les bras?
Effectuer une torsion pour déposer un produit?
Se mettre sur la pointe des pieds pour atteindre quelque chose?
Individuellement, chacun de ces mouvements peut sembler banal.
Mais lorsqu’il est répété des centaines de fois par jour, la contrainte s’accumule.
Parfois, déplacer un bac, changer la hauteur d’une surface ou rapprocher un outil permet déjà de réduire considérablement l’exposition.
Dans d’autres situations, il faut revoir plus largement la conception du poste.
C’est justement ce qu’une analyse ergonomique d’un poste de travail permet de faire : observer la situation réelle et identifier les correctifs les plus pertinents.
- Les blessures et les absences reviennent dans les mêmes secteurs
Les données que possède déjà votre organisation peuvent révéler beaucoup de choses.
Regardez les douleurs déclarées, les premiers soins, les absences, les limitations fonctionnelles et les lésions professionnelles.
Est-ce que certaines équipes ressortent?
Certaines tâches?
Certaines régions du corps?
Un poste en particulier?
Même lorsqu’aucune donnée prise isolément ne semble alarmante, leur accumulation peut révéler une tendance.
L’analyse ergonomique devient alors un outil de prévention plutôt qu’une réaction après une nouvelle blessure.
Lorsqu’une organisation observe des problèmes récurrents, un service-conseil spécialisé en troubles musculosquelettiques permet d’analyser les différents facteurs qui peuvent contribuer à la situation.
- Malgré les formations, vous devez constamment rappeler au travailleurs d’adopter des bonnes postures
« Plie les genoux. »
« Garde le dos droit. »
« Fais attention à ton épaule. »
« Essaie de travailler autrement. »
Ces conseils peuvent être pertinents.
Mais ils ont une limite importante : si le poste oblige naturellement le travailleur à adopter une position contraignante, toute la bonne volonté du monde ne changera pas la géométrie du poste.
Prenons un équipement placé trop bas.
On peut rappeler cent fois au travailleur de ne pas se pencher. Il devra quand même atteindre l’équipement. On a beau rappeler au travailleurs de se pencher et de forcer avec les jambes et non le dos, mais si le travailleurs doit le faire 10 fois par jour il est possible qu’il n’Est pas la condition physique pour faire 100 «squat » dans la journée et n’utilise pas les « meilleure technique de levage pour réussir a accomplir sa journée. Un ajustement du poste pourrait s’avéré une meilleures solution.
Une démarche ergonomique cherche donc d’abord à réduire le risque à la source lorsque c’est possible.
Comment corriger un risque ergonomique?
L’erreur serait de penser qu’une intervention ergonomique mène systématiquement à de nouveaux équipements coûteux ou à la reconstruction complète d’une ligne de production.
Ce n’est pas toujours le cas.
Les solutions peuvent être aussi diverses que :
- changer la hauteur d’un poste;
- déplacer les matériaux utilisés fréquemment;
- modifier un outil;
- automatiser une tâche répétitive;
- changer l’organisation du travail;
- revoir la rotation des employés;
- modifier une séquence d’opérations;
- former les travailleurs;
- Parfois il arrive que les recommandation soit plus couteuse…
- installer une aide mécanique;
- repenser complètement un poste lorsque nécessaire.
La bonne solution dépend toujours du travail réel.
Que fait un ergonome lors d’une analyse de poste?
L’ergonome ne se contente pas de regarder si un employé est « bien positionné ».
Il cherche à comprendre la tâche dans son ensemble et comment les travailleur l’adapte en raison des contrainte opérationnelles relié à l’organisation.
Il observe notamment :
- ce que le travailleur doit réellement faire;
- les mouvements et efforts nécessaires;
- la fréquence des gestes;
- les équipements et outils utilisés;
- les contraintes liées à l’espace;
- l’organisation du travail;
- les variations entre la procédure prévue et la façon dont le travail est réellement effectué.
Cette dernière partie est particulièrement importante.
Sur papier, une tâche peut sembler parfaitement correcte.
Mais les employés développent souvent leurs propres façons de faire pour composer avec la cadence, un équipement, un manque d’espace ou une étape du processus.
C’est en observant cette réalité qu’on trouve généralement les solutions les plus pertinentes.
Un service-conseil en ergonomie permet justement d’obtenir ce regard externe et spécialisé sur un poste, une tâche ou un environnement de travail.
À quel moment demander une analyse ergonomique?
Vous n’avez pas besoin d’attendre une lésion professionnelle.
Une intervention peut être pertinente lorsqu’on observe :
- des douleurs récurrentes;
- plusieurs plaintes associées à un même poste;
- une tâche très répétitive;
- des efforts physiques importants;
- un poste difficile à pourvoir ou à conserver;
- une augmentation des absences ou blessures;
- un nouveau poste ou une nouvelle ligne de production à concevoir;
- des modifications importantes à un processus existant.
En fait, le meilleur moment pour penser à l’ergonomie est souvent avant qu’un problème devienne une blessure.
Commencez par aller voir le travail
Si vous ne savez pas par où commencer, faites quelque chose de très simple.
Allez sur le terrain.
Regardez un poste pendant 15 minutes.
Parlez à la personne qui l’occupe.
Demandez-lui :
« Qu’est-ce qui est le plus difficile physiquement dans ton travail? »
La réponse pourrait vous surprendre.
Santinel accompagne les organisations dans l’identification et la prévention des risques ergonomiques grâce à ses formations et à ses services-conseils en ergonomie et en prévention des troubles musculosquelettiques.
Nos experts peuvent analyser vos postes et vos méthodes de travail, identifier les facteurs de risque et recommander des pistes de solution réalistes pour votre environnement.
Vous avez un poste qui soulève des questions? Parlez-en à notre équipe.
Questions fréquentes sur les risques ergonomiques
Qu’est-ce qu’un risque ergonomique?
Un risque ergonomique est une condition de travail susceptible d’imposer une contrainte excessive au corps, par exemple un geste répétitif, une posture contraignante, un effort important ou une tâche qui laisse peu de temps de récupération.
Comment savoir si un poste de travail présente un risque de TMS?
Les douleurs récurrentes, les plaintes de plusieurs employés, les mouvements répétitifs, les postures difficiles et les efforts importants sont des indices. Une analyse ergonomique permet d’évaluer plus précisément les contraintes.
La rotation des postes prévient-elle les TMS?
Elle peut contribuer à réduire l’exposition, mais seulement si les tâches sollicitées sont suffisamment différentes pour permettre aux muscles et aux articulations de récupérer.
Quand faut-il faire appel à un ergonome?
Il peut être pertinent de consulter un ergonome dès que des douleurs récurrentes, des plaintes, des contraintes physiques importantes ou des difficultés liées à un poste sont observées. Il n’est pas nécessaire d’attendre qu’une blessure survienne. Les risque ergonaomique devrait avoir été évaluer dans votre analyse de risque complète obligatoire pour votre organisation tel que la lois modernisant le régime en Santé Sécurité l’exige.