L’air souillé, cet ennemi insidieux

Santé-sécurité au travail | 16 décembre 2021

L’air souillé, cet ennemi insidieux

Vous avez tout avantage à veiller à la qualité de l’air intérieur (QAI) dans votre entreprise, bien que cela n’apparaisse pas toujours comme une priorité en santé-sécurité. Pourquoi?

  • Pour le bien-être et la performance de vos équipes

En corrigeant un problème mineur de qualité d’air, qui pourrait nécessiter des démarches simples et peu coûteuses, vous libérerez vos employé(e)s de symptômes qui sapent leur énergie et leur concentration (maux de tête, toux, irritation des yeux…). Ainsi, en plus de leur confort au travail, vous augmenterez aussi dans la plupart des cas leur productivité.

  • Pour prévenir des maladies

Un problème plus important au niveau de la qualité de l’air intérieur peut générer chez vos employé(e)s des symptômes plus inquiétants (étourdissements, vomissements…). Des effets parfois dévastateurs peuvent se produire à court ou à long terme sans qu’un indice évident, comme une odeur, pointe du doigt la qualité de l’air. Une intoxication au monoxyde de carbone peut être mortelle ; plusieurs années d’exposition au radon pourraient mener au développement d’un cancer du poumon. Or, ces deux gaz sont inodores et incolores.

Qu’entend-on par qualité de l’air intérieur?

Les facteurs qu’on doit considérer pour mesurer la qualité de l’air intérieur sont plus nombreux qu’on pourrait le croire. Dans un premier temps, un air adéquat aura un certain nombre de qualités, comme une température et un taux d’humidité raisonnables. Dans un second temps, il sera exempt de contaminants, ou il en contiendra un niveau tolérable.

Cependant — et c’est là que tout se complique —, ces contaminants sont très nombreux :

  • Composés organiques volatils (COV) provenant de produits nettoyants, de solvants, de pesticides, de colles, de peinture, de nouveau mobilier, de photocopieuses…
  • Acariens et accumulations de poussière
  • Moisissures, champignons ou bactéries issues d’anciens dégâts d’eau ou de milieux humides
  • Fumées ou émanations toxiques liées à l’utilisation d’une multitude de produits (pensons à la soudure…)

Le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail indique même d’inclure dans les contaminants la fumée de tabac, les parfums, les odeurs corporelles et celles se dégageant de la nourriture!

Si vous suspectez un problème de qualité d’air intérieur, il faudra donc mener l’enquête.

Avant d’accuser la qualité de l'air intérieur

Le premier indice qui vous pointera dans la direction d’un problème de la qualité de l’air est bien sûr la manifestation de symptômes chez vos employé(e)s. Assurez-vous d’avoir un bon système pour accueillir et traiter leurs plaintes. Balayer de la main les allégations d’un employé incommodé n’encouragera pas les autres à vous confier qu’ils ressentent les mêmes inconforts, et vous ne prendrez jamais connaissance d’un réel problème de la QAI.

Toutefois, gardez aussi en tête que les personnes ne sont pas toutes également sensibles aux polluants dans l’air. Votre contremaître pourrait réagir vivement aux acariens sans que vous-même ne soyez incommodé. Cela ne signifie pas pour autant que vos tapis sont bien nettoyés.

Enfin, explorez d’autres hypothèses pouvant expliquer les symptômes de vos employés. Un écran trop lumineux pourrait être la source des maux de tête chroniques d’une personne ; un mandat très anxiogène expliquera les nausées de son collègue.

L’assistance d’un ergonome pourrait vous aider à corriger bien des inconforts chroniques.

Soyez sur un pied d’alerte si :

  • Plusieurs employés manifestent ces symptômes : sécheresse et irritation des yeux, du nez, de la gorge et de la peau, maux de tête, fatigue, essoufflement, congestion nasale, toux, éternuements, étourdissements, nausées.
  • Ces symptômes ont tendance à apparaître quelques heures après le début du quart de travail et se résorbent lorsque les employé(e)s quittent le bâtiment ou partent pour des vacances.
  • Ces symptômes apparaissent après l’arrivée dans votre entreprise de nouveaux produits, équipements ou mobilier.

Ce dernier énoncé peut paraître étonnant, puisqu’on accusera souvent en premier lieu — sans avoir tort de le faire — de vieux équipements négligés, comme des conduites de ventilations qui n’ont pas été nettoyées depuis des années. Or, « nouveau » ne signifie pas toujours « sans danger ».

« Lorsqu’on fait la pose de nouveaux tapis, par exemple, il n’est pas rare de constater des émanations de formaldéhyde qui proviennent de la colle à tapis », explique Sylvie Poitras, conseillère en santé-sécurité au travail chez Santinel. « Si on ouvre régulièrement les fenêtres afin d’augmenter l’apport d’air frais, permettant du même coup d’évacuer le formaldéhyde, le problème devrait se résorber en quelques semaines. »

Cas typiques… et solutions typiques

  • Filtres inchangés

La pandémie a motivé plusieurs entreprises à remplacer les filtres de leur système d’aération par des filtres HEPA. Or, les différents types de filtres à air ne doivent pas tous être changés à la même fréquence. Pour s’assurer que ces derniers aident plus qu’ils ne nuisent, il faudra suivre les recommandations du fabricant. Certains filtres devront être changés tous les trois mois, d’autres, moins fréquemment. « Dans le doute, on les changera minimalement une fois par année », recommande Sylvie Poitras.

  • Conduites bloquées ou souillées

Deux autres cas typiques : à l’inspection, on découvrira un généreux duvet de poussière dans les conduites d’aération. Leur nettoyage réglera votre problème de QAI en un clin d’œil. Vérifiez aussi que l’air propre fasse son chemin jusqu’à vos travailleurs sans difficulté. On voudra dégager les entrées et surtout, les sorties d’airs.

« On voit assez régulièrement le cas du travailleur de bureau incommodé par le jet d’air qui lui tombe sur la tête et qui bloque la sortie d’aération avec une pellicule plastique », raconte Sylvie Poitras. « À l’œil, on ne le remarquera pas immédiatement… Or, ce sont toutes les personnes assises aux autres cubicules dans la même pièce qui en paient le prix. »

  • Produits ménagers puissants

Plusieurs savons industriels et autres produits ménagers doivent être dilués selon une recette précise avant d’être utilisés. Si les proportions recommandées par le fabricant ne sont pas respectées, ces produits peuvent dégager des COV assez incommodants.

Une autre solution sera d’augmenter la fréquence de nettoyage des surfaces en utilisant des produits contenant moins de solvants. Souvent plus respectueux de l’environnement, ces produits généreront beaucoup moins d’émanations dangereuses.

  • Nouveaux v/s anciens employés

En milieu industriel, il n’est pas rare d’entendre cette histoire : les nouveaux employés se plaignent de différents inconforts, alors que les vétérans, qui y sont exposés depuis des années, n’ont jamais signalé quoi que ce soit.

Plutôt que de casser du sucre sur le dos des « jeunes », Sylvie Poitras recommande au contraire de porter une attention particulière à ce qu’ils ont à dire : « À force d’être exposés aux mêmes produits chaque jour, les employés de longue date y sont parfois désensibilisés. Cela ne signifie en rien qu’ils n’ont plus d’effets sur leur corps! Les nouveaux employés sont un bon baromètre pour identifier que la qualité de l’air intérieur est déficiente. »

Passez à l’action

En résumé, si vous aviez à intégrer dans votre planification annuelle de santé-sécurité quelques actions pour veiller au maintien d’une bonne qualité de l’air intérieur, en voici des toutes simples par lesquelles vous pourriez commencer :

  1. Changez les filtres de vos systèmes de circulation d’air minimalement une fois par an (ou idéalement, en suivant les recommandations du fabriquant et en tenant compte de la quantité de contaminants présents votre milieu de travail).
  2. Planifiez une tournée annuelle de vos bureaux : constatez-vous des odeurs? Des traces d’infiltrations d’eau? Téléchargez une liste de vérification pour vous guider dans ce processus.
  3. Inspectez vos conduites d’air : sont-elles propres? Les entrées et les sorties d’air sont-elles dégagées?
  4. Sondez vos travailleurs : ont-ils développé des symptômes récemment? Si oui, les personnes affectées utilisent-elles les mêmes produits? Travaillent-elles dans le même secteur?
  5. Sensibilisez vos télétravailleurs à la présence potentielle de radon dans le sous-sol de leur domicile. Ce gaz cancérigène devient préoccupant lorsqu’on y est exposé durant de longues périodes de temps. On s’en inquiétera moins si on descend au sous-sol 15 minutes ici et là pour s’occuper de la lessive, mais il sera prudent de vérifier sa présence à l’aide d’un dosimètre (peu coûteux) si on prévoit y rester 40 heures par semaine.
  6. Enfin, si votre entreprise comporte des activités à haut risque de contamination par des gaz dangereux (abattage d’animaux, torréfaction de café…), vérifiez sur une base régulière que vos détecteurs avec alarme fonctionnent et sont en nombre suffisant (CO, H2S…)
Nettoyez vos conduites d'air et changez-en les filtres minimalement une fois par an.

Huston, nous avons un problème…

Vous avez mené l’enquête et effectué vos mesures préventives habituelles, mais vos travailleurs sont toujours incommodés? Vous avez des doutes sur l’utilisation de certains produits ou vous ne savez plus par où attaquer le problème?

Il est temps de demander le soutien de professionnels en hygiène industrielle.

Ces derniers pourront mener une inspection plus approfondie de vos bâtiments et effectuer les échantillonnages nécessaires (dans le cas de moisissures, par exemple). En examinant les fiches de données de sécurité des produits que vous utilisez, ils pourront valider si vos méthodes de travail sont sécuritaires ou non et proposer des solutions adaptées.

« Il faut garder en tête que les produits ne sont pas tous réglementés, donc il faudra s’appuyer sur des recommandations provenant de différentes sources », rappelle Sylvie Poitras. « En revanche, les produits cancérigènes, par exemple, seront associés à des réglementations très strictes. »

Vous aurez enfin l’heure juste et pourrez mieux respirer!

**Cet article a été relu et approuvé par Joannie Drapeau-Gemme, spécialiste en hygiène industrielle, et Sylvie Poitras, conseillère en santé-sécurité.**

 

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